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Les carrières souterraines du Limbourg

Au sud des Pays-Bas, autour de Maastricht et Valkenburg, un calcaire tendre vieux de 70 millions d’années a été creusé sur près de mille kilomètres de galeries cumulées. Voici onze visages de ce monde souterrain : carrières médiévales, champignonnières, abris de guerre, catacombes reconstituées et bunker de l’OTAN.

Une mer disparue sous le Limbourg

Il y a 70 millions d’années, une mer subtropicale recouvrait le sud du Limbourg actuel. Coraux, poissons, requins et mosasaures y vivaient. Sédiments, algues et coquillages s’y sont accumulés pendant des millions d’années, donnant naissance à une roche calcaire tendre sur près de 80 mètres d’épaisseur — que la région continue d’appeler « marne », par habitude, bien que le terme désigne à proprement parler un mélange d’argile et de chaux.

Ce calcaire se décline en trois familles aux propriétés bien distinctes : le calcaire de Maastricht, tendre et résistant à l’eau ; le calcaire de Gulpen, dont les bancs durs résistaient au feu et servaient à fabriquer des briques de four ; et le calcaire de Kunrader, taillé plutôt que scié, à la surface plus rugueuse.

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Ce que l’on a au-dessus de la tête dans les galeries : les quatre-vingts mètres de calcaire de Maastricht, coiffés de lœss et de graviers, entaillés par la Meuse. Schéma redessiné d’après la planche peinte par le VVV en 1983 dans la carrière du Zonneberg. Cliquez pour l’agrandir.

Dans les années 1770, le médecin Hoffmann met au jour, dans les galeries du Sint-Pietersberg, le crâne fossile d’un immense reptile marin. Rebaptisé Mosasaurus hoffmanni en son honneur, il est aujourd’hui l’une des pièces maîtresses du Muséum national d’histoire naturelle à Paris — la légende locale veut qu’il ait échappé de justesse aux troupes françaises en 1794, alors même que Maastricht basculait sous occupation.

Fresque du mosasaure découvert par Hoffmann en 1770, galeries du Sint-Pietersberg
Une fresque murale rappelle la découverte du crâne de mosasaure par le médecin Hoffmann, en 1770, dans les galeries du Sint-Pietersberg.
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Du silex à la pierre à bâtir : quatre mille ans d’extraction

Dès l’âge du bronze, vers 3300 avant notre ère, des paysans épandent déjà ce calcaire broyé sur leurs champs pour en corriger l’acidité — une pratique agricole appelée marnage. L’extraction en blocs, elle, ne s’impose vraiment qu’à partir du XIIIe siècle, portée par l’essor des villes. À Maastricht, le second rempart, entamé vers 1347, engloutit des milliers de « maetstucken » acheminés par charrette et par bateau ; un document de 1396 atteste déjà du métier de berchhouwer, le casseur de blocs.

Le travail se fait au ciseau et à la scie, dans une obscurité totale — torche, chandelle, puis lampe à huile et enfin lampe à carbure à partir de 1910. Toute une économie gravite autour du blokbreker : charretiers, bateliers, forgerons pour les outils, charrons pour des roues devant supporter plusieurs tonnes de calcaire par chargement sur des chemins de terre. Chaque casseur de blocs notait sur les parois, à la craie rouge ou au crayon noir, le compte de blocs sciés dans la journée — ces « abaques » gravés se lisent encore aujourd’hui par centaines.

Au total, l’inventaire du Limbourg méridional recense près de 250 carrières souterraines, pour environ mille kilomètres de galeries cumulées. Il n’en reste aujourd’hui qu’une poignée en activité, employant une trentaine de personnes pour la restauration de monuments.

Carrière à ciel ouvert du Sint-Pietersberg, exploitée par la cimenterie ENCI
À ciel ouvert, l’extraction industrielle du calcaire du Sint-Pietersberg par la cimenterie ENCI a entamé la montagne pendant près d’un siècle.

Une seconde vie : champignons, refuges et guerre

Bien avant l’arrêt de l’extraction, les galeries vides trouvent d’autres usages. Abris pour le bétail par grand froid, cachettes en temps de troubles, elles accueillent à partir de la fin du XIXe siècle la culture des champignons. L’architecte Pierre Cuypers installe la première champignonnière troglodyte du Limbourg vers 1890 ; température constante de 11,5°C, humidité proche de la saturation, les carrières s’y prêtent à merveille. Des centaines de familles en vivront jusqu’à ce qu’un accident, l’effondrement du Roosburg à Zichen en 1958, dix-huit morts, ne sonne le glas de cette économie souterraine.

La guerre laisse elle aussi ses traces. En 1794 déjà, des paysans en fuite se réfugient avec leur bétail dans les galeries du réseau Noord et y installent un four à pain. Entre 1940 et 1945, les carrières redeviennent abris antiaériens : à Maastricht, des dizaines de milliers d’habitants auraient pu s’y réfugier en cas d’alerte, équipées d’installations électriques, de fours et de réserves de farine. Plus tard, en pleine Guerre froide, un abri antiatomique est même aménagé dans le réseau Noord.

Huit siècles sous le Limbourg, en quelques dates

L’histoire de ces carrières tient en trois temps : une roche déposée par la mer, six siècles d’extraction à la main, puis un siècle de réemploi — champignons, abris, tourisme — quand la pierre a cessé d’intéresser les bâtisseurs.

Avant les carrières

  • Il y a 70 millions d’années Une mer subtropicale dépose la pierre Coquillages, algues et squelettes de mosasaures s’accumulent au fond de l’eau. En se compactant, ils forment sur 80 mètres d’épaisseur un calcaire si tendre qu’on peut le scier à la main — c’est lui que toute la région appelle, à tort, « la marne ».
  • Vers 3300 av. J.-C. On ramasse la pierre, on ne la creuse pas encore À l’âge du bronze, les paysans épandent ce calcaire broyé sur leurs champs pour en corriger l’acidité. Cette pratique, le marnage, précède de plusieurs millénaires les premières galeries.

L’âge des casseurs de blocs · XIIIe–XIXe siècle

  • XIIIe siècle Les villes réclament de la pierre à bâtir Pour extraire des blocs réguliers, on cesse de gratter la surface et on s’enfonce sous la colline. Un métier naît : le blokbreker, le casseur de blocs, qui découpe la roche au ciseau et à la scie, à la seule lueur d’une chandelle.
  • 1396 Le métier entre dans les archives Un document de Maastricht cite pour la première fois un berchhouwer — littéralement « tailleur de montagne », le nom que l’on donnait alors au carrier souterrain. Cinquante ans plus tôt, la ville s’était déjà offert un second rempart avec des milliers de blocs sortis de ces galeries.
  • 1613 La plus ancienne date lisible Gravée dans la Fluweelengrot, à Valkenburg. Les parois tendres se prêtent trop bien à l’inscription : au fil des siècles, elles deviendront un livre d’or géant — parfois au détriment des gravures plus anciennes.
  • 1701-1702 Un fort au-dessus des galeries Le baron de Dopff fait bâtir le fort Saint-Pierre au sommet de la colline. Un puits de quarante mètres descend directement dans la carrière : réserve d’eau en cas de siège, et issue de secours.
  • Années 1770 Un monstre marin sort de la roche Le médecin Hoffmann exhume le crâne d’un immense reptile fossile. Emporté à Paris pendant l’occupation française de 1794, il y est toujours : c’est le Mosasaurus hoffmanni, l’un des fossiles les plus célèbres du monde.
  • 1794 Les galeries deviennent refuge Fuyant les armées de la Révolution, des paysans se cachent des mois durant dans le réseau Noord avec leur bétail, et y cuisent leur pain. Un cochon échappé attire l’attention des sentinelles et trahit tout le monde.

La seconde vie des galeries · 1890-1960

  • Vers 1890 On y fait pousser des champignons L’architecte Pierre Cuypers installe la première champignonnière souterraine du Limbourg. Onze degrés et demi toute l’année, 95 % d’humidité : les carrières vides sont parfaites. Des centaines de familles en vivront.
  • 1892-1912 De fausses catacombes romaines La famille Diepen fait creuser à Valkenburg une copie des catacombes de Rome, fresques comprises. La délégation italienne venue à l’inauguration les jugera indiscernables des originales.
  • Vers 1910 La lampe à carbure change tout Robuste, bon marché et bien plus lumineuse que la bougie, elle s’impose sous terre. Ses traces de suie noircissent encore les plafonds de nombreuses galeries.
  • 1939-1945 Quarante-cinq mille personnes sous terre Le Zonneberg est découpé en secteurs numérotés pour accueillir, en cas de bombardement, une grande partie de la population de Maastricht : fours à pain, points d’eau, chapelle, et même une infirmerie. L’évacuation n’aura finalement pas lieu.
  • 1954 Une carrière oubliée devient aquarium Redécouverte quatre ans plus tôt, elle rouvre en attraction touristique. Elle fermera dans le scandale en 2014, ses animaux gravement négligés.
  • 1958 L’effondrement qui arrête tout Au Roosburg, côté belge, une voûte cède et tue dix-huit personnes. La culture souterraine des champignons ne s’en relèvera pas : les serres de surface prennent le relais.

Aujourd’hui

  • Depuis les années 1960 Une seule carrière travaille encore La Sibbergroeve extrait toujours des blocs, réservés à la restauration des monuments. Partout ailleurs, le tourisme et les associations de bénévoles ont pris le relais — avec la tâche délicate de protéger des parois gravées depuis huit siècles.

Où se trouvent ces lieux

Tout tient dans un mouchoir de poche : une quinzaine de kilomètres séparent les carrières de Maastricht de celles de Valkenburg. Deux massifs calcaires concentrent l’essentiel — le Sint-Pietersberg, longue échine coincée entre la Meuse et le Jeker, et les coteaux du plateau de Margraten entaillés par la vallée de la Geul.

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Positions reportées d’après les coordonnées publiées pour chacune de ces carrières. Trois des souterrains décrits plus bas ne figurent pas sur cette carte : ce sont des sites fragiles, sans visite organisée ni surveillance, que nous préférons ne pas situer. Le Jezuïetenberg et le bunker de l’OTAN, distants d’une centaine de mètres dans le même massif du Cannerberg, ont été légèrement écartés l’un de l’autre pour rester lisibles. Cliquez sur la carte pour l’agrandir.

1 Noord & fort Saint-Pierre (Maastricht)
2 Zonneberg (Maastricht)
3 Fluweelengrot (Valkenburg)
4 Gemeentegrot (Valkenburg)
5 Catacombes de Valkenburg
6 Sibbergroeve (Sibbe)
7 Bunker de l’OTAN (Cannerberg)
8 Jezuïetenberg (Cannerberg)

Noord et le fort Saint-Pierre

Le réseau Noord, au flanc nord du Sint-Pietersberg, est le plus vaste et le plus visité des systèmes souterrains de Maastricht. C’est lui qui a livré le crâne du futur Mosasaurus hoffmanni. C’est aussi le système qui a le plus souffert des occupations militaires successives : les inscriptions laissées sur des siècles par des visiteurs de toutes nationalités y racontent une histoire à part.

Au-dessus des galeries, le fort Saint-Pierre domine Maastricht. Daniel Wolff, baron de Dopff, propriétaire du château de Neercanne, en dessine les plans et en ordonne la construction en 1701 ; l’ouvrage est achevé l’année suivante. Un puits de quarante mètres, doublé d’un escalier en colimaçon reliant directement le réseau souterrain, garantissait l’approvisionnement en eau lors des sièges — et servait aussi d’issue de secours. En 1717, le tsar Pierre le Grand visite le fort ; en 1794, ses galeries sont le théâtre d’affrontements entre assiégeants et défenseurs. Restauré à partir de 1936 puis entièrement rénové depuis 2010, le fort se visite aujourd’hui avec les galeries qu’il surplombe.

Plan du fort Saint-Pierre gravé dans le réseau Noord, Maastricht
Plan du fort Saint-Pierre gravé sur une paroi du réseau Noord, sous l’ouvrage construit en 1701-1702.
Four aménagé dans les galeries du réseau Noord
Un four aménagé dans les galeries du réseau Noord.
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Le Zonneberg

Comme ailleurs, les galeries ont accueilli des champignonnières, et plus modestement des cultures de chicons et de cardons — une inscription encore visible près de l’entrée en atteste. Mais c’est la Seconde Guerre mondiale qui a le plus marqué le lieu : le réseau est aménagé en 1939-1945 pour pouvoir accueillir jusqu’à 45 000 habitants de Maastricht en cas de bombardement. Boulangeries, points d’eau, four à pain, chapelle : tout un urbanisme souterrain se met en place, organisé en secteurs numérotés — les règlements affichés à l’époque sur les piliers sont encore lisibles.

Sur les parois, les visiteurs ont laissé des œuvres remarquables : la reproduction d’un blokbreker au travail, ou ce portrait grandeur nature de saint Sébastien réalisé par le décorateur maastrichtois J. Maes pour le 512e anniversaire de la guilde Sainte-Sébastien, en 1921.

Blokbreker in de groeve, reproduction d'un casseur de blocs, Zonneberg
« Blokbreker in de groeve » : la reproduction d’un casseur de blocs au travail, sciant un bloc de calcaire.
Portrait de saint Sébastien peint en 1921, Zonneberg
Portrait de saint Sébastien réalisé en 1921 par le décorateur J. Maes, pour le 512e anniversaire de la guilde maastrichtoise.

La Fluweelengrot

Sous la Daalhemerweg, à Valkenburg, s’ouvre la Fluweelengrot — la « grotte de velours », dont le nom viendrait soit d’un ancien propriétaire nommé Fluwijn, soit du mot dialectal désignant la fouine, friande de ce genre de cavité. Officiellement datée de 1613 par sa plus ancienne inscription connue, elle est sans doute bien plus ancienne : plusieurs galeries de fuite médiévales, reliées au château voisin, la traversent — les casseurs de blocs les ont recoupées par hasard au fil des siècles.

On y trouve l’une des plus belles chapelles souterraines du Mergelland, aménagée au fil des passages successifs. En 1944, ses parois ont aussi accueilli un hôpital de campagne improvisé : des dizaines de noms de soldats alliés blessés y sont encore gravés.

Chapelle souterraine de la Fluweelengrot, Valkenburg
La chapelle souterraine de la Fluweelengrot, considérée comme l’une des plus belles du Mergelland ety utilisé pour célébrer la messe en cachette lorsque les églises étaient fermées sosu le régime de Napoléon
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La Gemeentegrot

Connue bien au-delà des frontières néerlandaises, la Gemeentegrot — ou Valkenburgergroeve — attire chaque saison, comme Fluweelengrot, des milliers de visiteurs pour son marché de Noël.

L’une de ses curiosités a pourtant disparu : ses lacs souterrains, asséchés depuis les années 1990, probablement à cause du pompage des eaux thermales pour la station thermale voisine — un phénomène observé au même moment dans plusieurs autres carrières de la région.

Les galeries portent la trace de multiples occupations successives : sculptures et bas-reliefs Art nouveau taillés par des artistes de passage, mais aussi tout un pan de mémoire de la Première Guerre mondiale — portraits de soldats et inscriptions datées de 1915 et 1944 se côtoient sur les mêmes parois.

Bas-reliefs sculptés dans la Gemeentegrot, Valkenburg
Bas-reliefs sculptés par les étudiants de l’académie des beaux-arts à même la paroi calcaire de la Gemeentegrot.
Portraits de soldats de la Première Guerre mondiale gravés dans la Gemeentegrot
Portraits de soldats et inscriptions datées de 1915 et 1944, gravés sur les parois de la Gemeentegrot.
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Les catacombes de Valkenburg

Les catacombes de Valkenburg n’ont rien d’antique : elles ont été entièrement conçues entre 1892 et 1910 par l’industriel fortuné A. Diepen et ses fils, sur les plans de l’architecte limbourgeois Pierre Cuypers — également l’auteur, entre autres, de la gare centrale d’Amsterdam. Jan Diepen multiplie les voyages à Rome pour en étudier les proportions ; les fresques, peintes par Pierre Visschers, sont jugées par la délégation italienne présente à l’inauguration de 1912 indiscernables des originaux romains.

Certaines galeries, trop larges à l’origine, ont été rétrécies ; d’autres, trop étroites, élargies — le tout pour se rapprocher au plus près du modèle antique. La graphie « Katakomben », avec deux k, est un choix délibéré adopté dès 1910 et conservé depuis. Le temple romain qui en marquait autrefois l’entrée, laissé à l’abandon dans les années 1980-90, a été restauré en 2015.

Fresque des catacombes de Valkenburg, peinte par Pierre Visschers
Fresque peinte par Pierre Visschers dans les catacombes de Valkenburg, aménagées entre 1892 et 1910.

La Zwaluwbergroeve

La Zwaluwbergroeve tient son nom du chevalier Dirk van Zwaelmen, qui reçut au XVIe siècle le moulin et la forêt qui la surplombent. Le secteur d’entrée y est instable ; vingt-cinq mètres plus loin, presque aucun pilier n’échappe aux fissures et aux éclatements — la carrière est vouée, tôt ou tard, à s’effondrer. De plus une crue souterraine a un jour recouvert la partie centrale de la carrière de près de 1,80 mètre de boue, comme en atteste la ligne brune encore visible sur les piliers

Elle a pourtant abrité, dans la première moitié du XXe siècle, l’atelier troglodyte du sculpteur Charles Eyck et les œuvres réalisées par des novices montfortains comme la salle de la chapelle.

Surnommée également « grotte des pilotes », elle a caché des aviateurs alliés et des réfractaires pendant l’Occupation.

Silhouettes de novices montfortains gravées dans la Zwaluwbergroeve
Les silhouettes noires peintes sur le mur, accompagnées de noms et de dates, évoquent les graffitis de la prison étudiante de l’université d’Heidelberg en Allemagne, où l’on enfermait les étudiants coupables de tapage nocturne. Elles symbolisent ici le passage des étudiants et enseignants ayant étudié, exploré la carrière ou célébré l’obtention de leur diplôme.
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La Sibbergroeve, dernière carrière en activité

À Sibbe, la Sibbergroeve est aujourd’hui le plus vaste réseau souterrain encore en exploitation aux Pays-Bas comme en Belgique — quelque quatre-vingt-dix kilomètres de galeries cumulées. Il s’agit de l’une des seules sources de blocs destinés à la restauration de monuments dans la région.

Cette couche de bonne qualité reste toutefois mince : les galeries qui en résultent ne dépassent guère deux mètres de hauteur. Quand les casseurs de blocs tombaient sur une veine médiocre, les contremaîtres imposaient parfois, en guise de punition, de creuser des « strafpijpen » — de longs boyaux d’essai montants ou descendants, taillés à l’aveugle en quête d’une meilleure roche, souvent sans résultat ni salaire à la clé.

La carrière Sibber possède également une chapelle cachée. Cela a été fait pendant l’occupation française à la fin du XVIIIe siècle.

Chapelle aménagée dans la Sibbergroeve
Une chapelle aménagée dans la Sibbergroeve
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L’aquarium souterrain du Doornkuilgroef

Rebouchée dans la seconde moitié du XIXe siècle par un probable orage qui a inondé de boue son entrée, la carrière est oubliée pendant près d’un siècle, avant d’être « redécouverte » en 1950.

Quatre ans plus tard, elle rouvre sous la forme d’un aquarium souterrain, le Grottenaquarium. L’attraction connaîtra une fin peu glorieuse : en mars 2014, des centaines de poissons et des dizaines de reptiles et d’amphibiens y sont découverts gravement négligés et doivent être évacués par des associations de protection animale. Quelques années plus tard, la police y démantèle une plantation de cannabis — visiblement mieux entretenue que les précédents occupants.

Bas-relief sculpté dans la carrière du Doornkuilgroef
Une des salles ornées de la carrière du Doornkuilgroef, ancien aquarium souterrain.
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Le Elzenveldgroeve et le Meerberg

La partie la plus récente, exploitée par l’entrée du Meerberg, se distingue par ses galeries très régulières, sciées avec soin, où l’on a continué à extraire des blocs et à cultiver des champignons jusqu’au milieu des années 1960. En 1944, l’occupant allemand y projette même de fabriquer des pièces pour un nouveau type de chasseur, le Natter — un projet resté sans suite.

Silhouettes peintes dans les galeries du Elzenveldgroeve
Silhouettes peintes dans les galeries du Elzenveldgroeve.
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Le bunker de l’OTAN

Pendant la Seconde Guerre mondiale, des activités militaires ont été menées dans cette carrière par l’occupant allemand. La Wehrmacht était alors active dans le Boschberg sous la direction de l’Organisation Todt à partir d’avril 1944. Des renforts ont été réalisés dans une grande partie de la carrière, des sols en béton ont été coulés et des puits d’aération ont été forés. Une voie ferrée reliait la carrière au réseau ferroviaire. Selon une source, la production du redoutable V1 devait avoir lieu ici. Après la guerre, le mythe s’est répandu que des missiles V2 y avaient été produits. Une autre source indique qu’une usine d’assemblage Fokker était implantée dans la carrière : on y aurait fabriqué des fuselages d’avions. Cela n’avait pas passé inaperçu auprès des Alliés. Fin août 1944, les premiers obus frappent le complexe Boschberg. Les Allemands ont démantelé l’usine souterraine et se sont retirés.

Dix ans plus tard, la carrière servira à nouveau à des fins militaires. À partir de 1954, ce fut pour des exercices limités. Par la suite, la carrière deviendra le J.O.C. (Joint Operations Center), qui a servi de centre de coordination des forces aériennes de l’OTAN jusqu’en 1992. Quatre cents bureaux avec toutes les installations associées y ont été installés.

Signalétique militaire dans le bunker de l'OTAN sous le Boschberg
Infirmerie
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Le Jezuïetenberg

Depuis que les pères jésuites ont commencé à faire des œuvres d’art ici pendant leur temps libre après 1880, ce nom est associé à la carrière. Entre 1880 et 1960, ils ont pu façonner leur art sur et dans les murs de marne. Malheureusement, plusieurs belles œuvres d’art ont disparu en 1920 en raison d’un effondrement. Ils ont été sculptés par des pères jésuites du monde entier. Plus tard, certaines de ces œuvres d’art perdues ont été recréées dans d’autres couloirs.

Après le départ des Jezuieten de Maastricht, la Fondation Jezuietenberg a repris la gestion de ce monument exceptionnel depuis 1968. Aucune autre carrière souterraine à l’intérieur des Pays Bas ne possède autant de sculptures et de peintures murales imaginatives que la Montagne des Jésuites. Il n’est donc certainement pas surprenant que cette carrière ait obtenu le statut de monument national protégé le 14 octobre 1996, une première pour les carrières de calcaire souterraines néerlandaises. Nous lui avons consacré une visite virtuelle détaillée ; en voici la salle maîtresse, et le détail de ce qu’elle met en scène.

Salle Alhambra du Jezuïetenberg, Maastricht
La salle « Alhambra » du Jezuïetenberg, entièrement peinte de motifs mauresques.

Cette salle est une reconstitution de la cour des Lions de l’Alhambra de Grenade, taillée puis peinte à même le calcaire. Tout y est faux sauf la roche : les colonnes sont sculptées dans la marne, les « azulejos » sont peints, et le fond du grand arc est un trompe-l’œil qui prolonge la salle en perspective. Voici comment la lire.

1927 AUG. 19.. ALHAMBRA 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13
1 Le plafond, laissé en calcaire brut : on y voit encore les traces d’outil des carriers.
2 Bandeau d’inscriptions imitant la calligraphie arabe — un décor, non un texte lisible.
3 Le mot « ALHAMBRA », qui donne son nom à la salle.
4 Rosaces à huit branches, motif emprunté à l’art nasride.
5 Arcs polylobés et leurs archivoltes peintes.
6 Trompe-l’œil : la cour des Lions peinte en perspective, qui fait paraître la salle bien plus profonde qu’elle ne l’est.
7 Colonnes taillées dans la marne même, chapiteaux peints.
8 La fontaine des Lions, réplique de celle de Grenade.
9 Le canal qui prolonge le bassin vers l’entrée.
10 Panneaux d’arabesques couvrant les parois latérales.
11 Bandeau d’inscriptions néerlandaises datées, qui rappellent le chantier (1927 et suivantes).
12 Lambris de faux azulejos : des carreaux peints, pas de la céramique.
13 Marches taillées dans le calcaire, descendant vers le bassin.
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Un tourisme souterrain toujours vivant

Dès les XVIIe et XVIIIe siècles, des visiteurs étrangers de marque parcouraient déjà le Sint-Pietersberg et y laissaient leur nom gravé sur les parois. Le mouvement s’est amplifié au XXe siècle : plusieurs centaines de milliers de touristes descendent chaque année sous le sud du Limbourg, guidés à travers un monde souterrain que l’auteur D.C. van Schaik a le premier documenté en 1938.

Ce succès a un revers : sur les parcours les plus fréquentés, des inscriptions vieilles de plusieurs siècles ont été irrémédiablement abîmées par des visiteurs peu scrupuleux, quand elles n’ont pas simplement été recouvertes pour laisser place à une plaque commémorative plus contemporaine. La tendance actuelle est heureusement à la préservation : associations de bénévoles, systèmes de badge d’accès et travaux de confortement se sont multipliés ces dernières années pour que ce patrimoine, façonné parfois durant huit siècles de casse de blocs, continue d’exister au-delà du prochain touriste.

Réplique de la grotte de Lourdes à Valkenburg
Réplique de la grotte de Lourdes, aménagée en surface à Valkenburg — un autre visage du rapport de la région à ses cavités calcaires.

Ces photographies font partie du catalogue des photographies du patrimoine souterrain.

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