Immersion au cœur des villages troglodytiques de la vallée de la Loire, découvrons ces sites remarquables dans un documentaire riche en image !
Patrimoine traditionnel français où la vie souterraine a laissé une trace indélébile du passé, la région regorge de trésors cachés à qui saurait les dénicher.
Cet article sera divisé en deux parties. Premièrement, j’expliquerai la formation du tuffeau et des cavités qui en résultent. Pour la seconde, je présenterai le formation du falun, une pierre plus grossière que le tuffeau et qui aura permis la réalisation de lieux originaux.
Les cavités de tuffeau :​​​​​​​
La formation géologique du tuffeau :
Il s’agit d’une roche tendre à creuser mais assez dure pour être employée dans la construction.
C’est une roche blanche prisée par les architectes des châteaux de Loire. C’est un symbole de pureté et insigne royal.
Il y a 100 millions d’années, la terre connaît une longue période de réchauffement climatique. Le pôle bénéficie d’un climat tempéré et les océans atteignent un niveau exceptionnel.
Les départements du Maine-et-Loire ainsi que celui d’Indre-et-Loire sont recouverts par 300 mètres d’une eau chaude parcourue par une importante faune tropicale.
Cette faune comporte des mollusques tels que des ammonites, bivalves mais également des planctons qui, en se décomposant vont former une vase épaisse. À force de marées, cette vase va subir des changements. Elle s’épaissit, se densifie et se compacte pendant près de 30 millions d’années jusqu’à en devenir de la craie appelée « Turonien » dont on distingue trois épaisseurs.
Le turonien inférieur : une craie marneuse présente à l’abord de certains coteaux ;
Le turonien moyen : Un tuffeau blanc d’une qualité supérieur qui comporte du quartz et des fines paillettes de mica. Elle fait le prestige des falaises de Saumur et de Bourré.
Le turonien supérieur : C’est une roche de qualité, un tuffeau jaune et plus sableux que l’on retrouve un peu partout.
La forteresse souterraine du Château de Brézé : L’ensemble troglodytique le plus complet de la région :
Le château de Brézé est un ouvrage ordinaire, en apparence seulement car il est le point central d’un départ de galeries souterraines comportant des aménagements aussi curieux que nombreux destinés à servir de système défensif.
Un village troglodytique enraciné à 18 mètres sous terre, ce sont les douves les plus profondes d’Europe !
Le pont-levis du château pouvait aussi être commandé depuis les douves en cas d'attaque ce qui faisait du château un système de défense puissant contre l'ennemi.

Vue depuis les douves sèches du Château de  Brézé.

Accès aux souterrains.

Descente depuis la cour du château, menant aux souterrains refuges puis aux douves sèches.
On y trouve une salle de refuge autour d’un puits de lumière taillé en forme de trèfle, rendant impossible les tentatives d’enfumage et permettant de piéger ceux qui oseraient passer par là.

Salle refuge

Salle des tonneaux
Salle des tonneaux
Galerie de stockage de vin
Galerie de stockage de vin
Vue depuis les troglodytes des douves
Vue depuis les troglodytes des douves
Salle des charettes
Salle des charettes
La chapelle troglodytique de Notre-Dame-de-Lorette
Cette chapelle a été bâtie et taillée à même la pierre au XVe siècle. Elle aurait été réalisée par un Ermite dans du tuffeau jaune. Elle était destinée à loger le chapelain taillé dans la roche.
D’après la tradition, Jeanne d’Arc aurait durant sa traversée de la Touraine trouvé refuge au sein de cet ermitage troglodytique.
La chapelle est inscrite sur l’inventaire supplémentaire des monuments historiques dès 1954.
Dans la région on retrouve de nombreux ouvrages troglodytiques destinés à la religion.
Pierre et Lumière

Cathédrale Saint-Gatien de Tours

Durant près de 3 ans, Philippe Cormand a façonné des clochers, abbayes, châteaux et cathédrales emblématiques du Val de Loire en bas-relief à même la roche, parfois à partir de volumineux monoblocs de tuffeau.
Sur tout un parcours souterrain, on découvre les nombreuses sculptures qui ont été réalisées devant le public. Le tuffeau est une pierre dure et tendre à la fois. Elle est néanmoins très cassante et il est nécessaire d’être précautionneux pour s’y aventurer.
Philippe est un sculpteur autodidacte et réalise ses œuvres sur de nombreux supports tels que la pierre, le bois ou la glace. Il a été primé dans de nombreux concours internationaux mais c’est ici qu’il a le plus exprimé son talent :
Fontevraud et son abbaye.
Fontevraud et son abbaye.
Il a utilisé la nappe d’eau afin de reconstituer des édifices situés aux abords des cours d’eau pour la ville d’Angers et la forteresse de Chinon.
Les détails sont saisissants et face à l’ampleur du travail, ces œuvres incitent à venir voyager dans le Val de Loire.
Le musée du champignon de Saumur
Le musée du Champignon à Saumur est un site troglodytique situé dans une ancienne carrière de pierre où est exposé la plus grande collection de champignons sauvages d’Europe !
On y trouve également une collection d’objets-champignons venu du monde entier.
Sur les trois photos ci-dessous, nous avons une évolution de la manière de cultiver les champignons (voir légendes).
La culture en meule a duré près de deux cents ans.
La culture en meule a duré près de deux cents ans.
On passa ensuite sur une culture en sac qui permettait d'éviter la propagation de maladie sur toutes les cultivations.
On passa ensuite sur une culture en sac qui permettait d'éviter la propagation de maladie sur toutes les cultivations.
Les caisses métalliques font leur apparition dès les années 1990. Elles sont amenées sous terre déjà ensemencées et par des véhicules ce qui augmente fortement sa quantité de production.
Les caisses métalliques font leur apparition dès les années 1990. Elles sont amenées sous terre déjà ensemencées et par des véhicules ce qui augmente fortement sa quantité de production.
Le champignon de Paris y est cultivé et malgré son appellation « de Paris », 70 % de sa production est réalisée dans la région de Saumur. Cela vient certainement du fait que le nombre de champignonnières de la région diminue d’année en année.  La France est le 4e producteur, derrière les États-Unis, la Chine et les Pays-Bas.
Le site produit près de 12 tonnes de champignons par an ! Y sont donc cultivés les champignons de Paris, le shii-takés ainsi que des champignons exotiques, parfois répugnants.
champignon collybie
champignon collybie
champignon
champignon
champignon ganoderma
champignon ganoderma
La cave des roches :
Située dans un petit village troglodytique de 650 habitants, la cave des roches est entourée des Châteaux de la Loire dont elle aura fourni les pierres dès le 15e siècle. Cette pierre est d’une excellente qualité car elle a la faculté de durcir et de blanchir lorsqu’elle est extraite de ces carrières.
Les visites de la cave champignonnière débutent en 1991 et après deux ans de travaux commence la mise en place d’un musée sous un nouveau nom : « La Ville Souterraine » où sera exposé les modes d’extraction des carrières.
En 2005, la champignonnière se développe pour accueillir des champignons saisonniers et médicinaux.
Culture de champignon en meule
Culture de champignon en meule
culture de champignon
culture de champignon
Culture de champignon en meule
Culture de champignon en meule
Le plus impressionnant reste cette ville souterraine qui a été sculptée sur près de 1500 m2  depuis 1998 pendant près de 30 mois. Cela comprend un lavoir, un étable, une mairie, une maison à colombage, le tout taillé en pleine masse avec des bas-reliefs…
C’est une rue entière telle que l’on pouvait connaître en 1914 avec sa mairie, son acte de mobilisation affiché, ses logis, etc.
L’idée de réaliser ses sculptures est venue de la vision pessimiste de l’artiste voyant le patrimoine architectural traditionnel menacé par la pollution et les pluies acides érodant le tuffeau. Il a souhaité témoigner de ce qui se faisait dans le passé avant l’utilisation de matériaux préfabriqués importunant une concurrence trop forte à l’extraction du tuffeau.
Ville souterraine.
Ville souterraine.
La majestueuse ville souterraine.
La majestueuse ville souterraine.
Entrée de la ville souterraine .
Entrée de la ville souterraine .
Plan de la cave des Roches.
Plan de la cave des Roches.
La champignonnière de la Rolanderie
La champignonnière de la Rolanderie est une petite entreprise familiale utilisant des moyens de culture d'époque ce qui m'a fortement surpris lors de ma visite. 
La grande majorité des cultures de champignon en France se fait dans de grands bacs métalliques qui arrivent pré-ensemencés qui permet de cultiver de plus grosses étendues à hauteur d'homme.
 Ici, la culture se fait à l'aide de sac en plastiques à même le sol, authentique dira-t-on...
Camion récoltant les champignons dans les paniers.
Camion récoltant les champignons dans les paniers.
Cultures en sac à même le sol.
Cultures en sac à même le sol.
Nous allons maintenant découvrir une autre roche typique de la région... Le falun !
Les cavités de falun : 
La formation géologique du falun :
Le falun est une roche sédimentaire formée de débris de coquilles. Elle est plutôt meuble et friable car elle est généralement mélangée à du sable et de l’argile.
Cette roche a permis d’édifier des cavités aux formes originales entre le 18ᵉ  et 19ᵉ siècle.
Ces souterrains ont permis un fort développement touristique en particulier dans la ville de Doué la Fontaine mais aussi dans les villes environnantes. 
Le mystère des faluns : les caves cathédrales 

Immensité des galeries dites en « bouteille ».

L’extraction du falun se fait d’une manière que l’on observe nulle part ailleurs en France.
Habituellement, le démarrage des extractions souterraines se fait par des entrées à flanc de coteau ou par des pentes qui descendent jusqu’à la couche exploitable. Ici, les agriculteurs qui souhaitaient compléter leurs revenus durant l’hiver ont eu l’idée d’extraire le tuffeau.
Ne souhaitant pas perdre de surface de terrain, ils ont opté pour une solution originale qu’est la réalisation de tranchée dans la terre permettant d’arriver très rapidement à la couche de tuffeau.
Plus les carriers descendaient en profondeur et plus la tranchée s’élargissait pour prendre la forme d’une bouteille. Les galeries mesuraient jusqu’à une quinzaine de mètres
Le perreyeur (carrier) arrêtait de descendre en profondeur lorsqu’il atteignait la nappe phréatique.
À la fin de l’exploitation de ces galeries, la tranchée ouverte sur l’extérieur était refermée par deux rangées de pierre puis étaient recouvertes de terre afin de reprendre l’exploitation agricole.

Sculpture géante taillée dans la roche.

Les troglos de la sablière :
La sablière a été creusée au début du XXᵉ siècle pour en extraire le falun en sable. Celui-ci était utilisé pour de multiples usages.
À proximité de cette galerie d’extraction du sable, des sculpteurs ont réalisé de magnifiques œuvres à même la roche !
À travers un parcours de quelques galeries nous déambulons entre les sculptures qui ornent les parois.
Il faut prendre soin de ne pas les toucher afin de les laisser intact car elles sont très fragiles  !

La cave aux sarcophages : 
C’est l’histoire d’un galerie troglodytique qui, anciennement remblayé de gravas était inaccessible. 
Un jour, le propriétaire du terrain au-dessus a subi un effondrement. Soucieux de savoir ce qui se cachait en dessous de chez lui, il se mit à la recherche de quelqu’un pouvant répondre à ses interrogations.
Par chance, le seul archéologue de la région était de passage dans la ville durant une semaine. Il était spécialisé dans les sarcophages en falun que l’on retrouve à divers endroits dans la région. Celui-ci passait sa vie à chercher le lieu où étaient fabriqués ces-dits sarcophages.
 Le propriétaire du terrain vient donc à la rencontre de cet archéologue qui vient jeter un œil à la cavité. Il tomba des nues en descendant car il comprit très vite qu'il s'agissait là du lieu où étaient fabriqués les sarcophages mérovingiens. La carrière était remplie de gravats empêchant toute progression et il a fallu dès lors entreprendre un chantier archéologique cinq ans durant. ​​​​​​​
Ce chantier a permis de comprendre l'histoire de ces lieux. 
Il y a 1500 ans, cette carrière a donc servi de fabrique de sarcophages et d’après les calculs, sur deux cents ans on compte plus de 30 000 extractions. 
Il fallait environ deux jours pour en extraire un, et on peut distinguer la forme de ceux-ci grâce à la configuration des lieux. Les salles font environ 2 mètres de large, ce qui correspondait à l’un taille d’un sarcophage.
 Les pierres étaient arrachées du sol par un effet de levier puis un treuil permettait de les sortir de la salle. Une fois taillés, ils étaient sortis par les puits carrés à l’aide d’un système de treuil et de cordage.
Le falun est une pierre très poreuse qui absorbe facilement l’humidité. Il aspire les humeurs du corps placé à l’intérieur et le momifie.
La théorie des humeurs provient de la médecine antique qui déterminait que le corps était constitué des quatre éléments fondamentaux : l’air, le feu, l’eau et la terre.
Les fouilles ont également permis de comprendre que le souterrain avait servi de refuge à des moines au 9° siècle pour fuir les envahisseurs et les vikings. Les moines vivaient dans ces lieux malgré les gravats présents partout (dû aux pierres retirées pour évider les sarcophages). Ils avaient également des silos à grain afin de constituer des réserves de nourriture.

Au 13° siècle, le Seigneur de Douce a aménagé une chapelle souterraine.

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