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Visite virtuelle de la spéléothérapie de Zlaté Hory

Il existe des souterrains où l’on ne descend ni pour extraire, ni pour se protéger, ni pour visiter : on y descend pour respirer. À Zlaté Hory, dans les monts Jeseníky, 1 600 mètres de galeries d’une ancienne mine d’or ont été réaménagées pour soigner des enfants asthmatiques. C’est de la spéléothérapie, l’usage médical de l’atmosphère du sous-sol, et c’est un équipement de santé en activité, pas un site patrimonial.

Une montagne d’or devenue salle de soins

Zlaté Hory, littéralement « les Montagnes d’Or », porte bien son nom. La ville est fondée en 1224 et son histoire se confond avec celle de l’orpaillage puis de la mine. L’apogée se situe aux XVIe et XVIIe siècles, sous l’autorité des évêques de Wrocław ; on y trouve alors des pépites de 1,38 et 1,78 kilogramme. Au fil du temps, l’or cède la place à la pyrite, transformée en vitriol puis en acide sulfurique, au fer, au cuivre, au zinc et à l’argent.

L’exploitation ancienne s’éteint en 1883. Une reprise moderne intervient de 1952 à 1993, sous le régime communiste, et la dernière extraction a lieu le 17 décembre 1993. Restent des dizaines de kilomètres de galeries, dont certaines remontent au XVIe siècle.

En 1995, le sanatorium EDEL réaménage une partie de ces travaux en installation de cure. Le site retenu se trouve à sept kilomètres de l’établissement, à 620 mètres d’altitude : environ 1 600 mètres de galeries, jusqu’à 93 mètres sous la surface, où la température se maintient toute l’année entre 7 et 8 °C, dans un air presque saturé d’humidité, sans poussière ni allergène.

Le sanatorium EDEL

L’établissement a une longue histoire thermale. En 1882, le docteur Karl Anjel y fonde un établissement d’hydrothérapie ; en 1889, le docteur Ludwig Schweinburg le reprend et lui donne son nom, le « sanatorium forestier de Schweinburg ». L’équipement moderne et le couvert forestier en font très tôt une destination pour les affections respiratoires et nerveuses.

Aujourd’hui, EDEL est une structure privée de 105 lits qui accueille des enfants de 3 à 15 ans souffrant de maladies respiratoires chroniques ou récidivantes. Le séjour combine climatothérapie, descentes en spéléothérapie, inhalations, kinésithérapie respiratoire, endurcissement et diététique, sous encadrement médical. Une école et une maternelle fonctionnent sur place, pour que la cure n’interrompe pas la scolarité.

Le souterrain n’est pas réservé aux patients : la galerie de cure se visite le week-end, accompagné d’un guide.

Une découverte de guerre

L’idée naît d’une observation faite dans un abri. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la population d’Ennepetal, en Westphalie, se réfugie dans la Kluterthöhle lors des bombardements. Le médecin Karl Hermann Spannagel remarque que les asthmatiques qui passent leurs nuits dans la grotte vont manifestement mieux que les autres. Il publie ses observations en 1943 ; la grotte devient après-guerre un établissement de cure, et le mot Speläotherapie entre dans le vocabulaire médical.

La filière minière se développe en parallèle à l’Est. En Pologne, le médecin Mieczysław Skulimowski met en place à partir de la fin des années 1950 un sanatorium dans les chambres de la mine de sel de Wieliczka, et théorise la subterraneoterapia : la cure climatique conduite dans un vide d’exploitation. Le modèle essaime dans toute l’Europe centrale.

Ce que l’on va chercher sous terre

Le sous-sol offre une combinaison de paramètres qu’aucune chambre d’hôpital ne reproduit facilement. La température y est stable, généralement entre 10 et 20 °C selon les sites, sans variation saisonnière. L’hygrométrie est élevée et constante. Surtout, l’air est pratiquement dépourvu de pollens, de spores, d’acariens et de particules fines : pour un allergique, c’est une mise au repos complète de l’appareil respiratoire.

À cela s’ajoutent, selon le contexte géologique, des facteurs propres au lieu. Dans les mines de sel, un aérosol de chlorure de sodium en suspension, réputé fluidifier les sécrétions bronchiques. Dans certaines cavités, une ionisation particulière de l’air. Dans les anciennes mines d’uranium de Kowary, en Basse-Silésie, c’est le radon lui-même qui est recherché : l’inhalatorium y exploite un gaz radioactif naturel dans une logique de radonthérapie, l’un des cinq sites de ce type au monde.

Les indications retenues sont d’abord respiratoires : asthme, bronchopneumopathie chronique obstructive, bronchites à répétition, rhinites allergiques. Les cures durent classiquement deux à trois semaines, à raison de plusieurs heures passées sous terre chaque jour, combinées à des exercices respiratoires et à de la kinésithérapie.

Les autres grands sites européens

  • Wieliczka (Pologne), le sanatorium souterrain le plus connu, installé dans une chambre à 135 mètres de profondeur de la mine de sel, classée au patrimoine mondial.
  • Bochnia (Pologne), l’autre mine de sel de Petite-Pologne, également équipée pour la cure.
  • Kowary (Pologne), inhalatorium au radon, dans les galeries d’une ancienne mine d’uranium.
  • Kluterthöhle, Ennepetal (Allemagne), le site fondateur, toujours en activité.
  • Bystrianska jaskyňa (Slovaquie) et Tapolca (Hongrie), grottes karstiques aménagées en centres de cure.
  • Solotvyno (Ukraine), l’un des plus grands établissements de subterranéothérapie saline d’Europe orientale.

Ce que dit la science

La spéléothérapie est reconnue et remboursée dans plusieurs pays d’Europe centrale, où elle fait partie de l’offre thermale classique. Elle reste en revanche marginale en France et dans le monde anglo-saxon, faute d’essais cliniques de grande ampleur.

Les revues systématiques disponibles concluent à des données de faible niveau de preuve : les études existantes sont peu nombreuses, souvent de petite taille, rarement comparatives, et le bénéfice observé peut tenir autant à l’éviction des allergènes et au repos qu’aux propriétés supposées de l’aérosol. Le sujet mérite donc d’être présenté pour ce qu’il est : une pratique ancienne, empiriquement solide dans le soulagement qu’en rapportent les patients, mais dont le mécanisme et l’ampleur de l’effet restent discutés.

Il n’en reste pas moins que ces chambres de cure constituent un patrimoine souterrain à part entière : des vides d’exploitation qui, après avoir produit de l’or, du sel, du charbon ou de l’uranium, ont trouvé un second usage entièrement tourné vers le corps humain.

Visiter

  • Gestionnaire : Sanatorium EDEL s.r.o., établissement privé de soins pour enfants, Lázeňská 491, 793 76 Zlaté Hory (région des Jeseníky, Tchéquie). Téléphone : +420 584 425 327.
  • Accès du public : la galerie de spéléothérapie se visite le week-end, accompagné d’un guide. En semaine, elle est réservée aux jeunes patients en cure.
  • Conditions sous terre : 7 à 8 °C toute l’année, humidité proche de la saturation, vêtement chaud indispensable.
  • Cure : enfants de 3 à 15 ans, 105 lits, sur prescription et prise en charge médicales.
  • À proximité : le patrimoine minier de Zlaté Hory, dont la Poštovní štola, galerie mentionnée dès 1513 et ouverte à la visite.

Sources : Sanatorium EDEL, Zlaté Hory ; ville de Zlaté Hory, dossier sur l’histoire minière du district ; K. H. Spannagel, observations sur la Kluterthöhle (1943) ; travaux de M. Skulimowski sur la subterraneoterapia à la mine de sel de Wieliczka ; inhalatorium au radon de Kowary ; revues systématiques sur la spéléothérapie dans l’asthme.

Cette visite fait partie du catalogue des visites virtuelles du patrimoine souterrain.

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