Au centre de l’église d’Aubeterre-sur-Dronne se dresse un bloc de six mètres de haut qui n’a jamais été apporté : il a été épargné. Autour de lui, la falaise a été évidée sur vingt mètres de hauteur pour dégager une nef. Ce bloc est un reliquaire, copie du Saint-Sépulcre de Jérusalem, et l’église entière n’est, au fond, que l’écrin taillé autour de lui, au-dessus d’un cimetière bien plus ancien.
Une nécropole avant l’église
Avant d’être un sanctuaire, l’endroit est un lieu d’inhumation. Les campagnes de dégagement du XXe siècle ont mis au jour, du côté ouest, une véritable nécropole : environ 80 sarcophages de pierre à épaulement et près de 170 fosses, dont les plus anciennes remontent au IXe siècle.
On ne se fait pas enterrer n’importe où. Cette densité de sépultures signale une sacralité déjà installée, antérieure de plusieurs siècles à l’église romane, et vraisemblablement liée à une première excavation religieuse creusée dans la falaise dès le haut Moyen Âge.
De cette phase primitive subsiste une pièce rare : une cuve baptismale taillée dans le roc, en forme de croix grecque, dimensionnée pour le baptême par immersion. Elle témoigne d’une liturgie antérieure à la généralisation du baptême des nourrissons, quand on entrait dans l’Église adulte et en descendant dans l’eau.
Un Saint-Sépulcre en Charente
L’agrandissement décisif est l’œuvre d’un homme et d’un projet précis. Pierre de Castillon, vicomte d’Aubeterre, revient de la première croisade avec des reliques, et veut leur donner un cadre à la hauteur. Il fait évider la falaise au-dessus de sa propre place forte, en s’inspirant des églises rupestres de Cappadoce que les croisés ont vues en chemin.
La pièce maîtresse est ce reliquaire monumental, haut de six mètres, taillé d’un seul tenant et laissé debout au milieu du vide. Sur deux niveaux et sous une ornementation romane, il reproduit l’édicule du Saint-Sépulcre. L’intention est explicite : offrir à ceux qui n’iront jamais à Jérusalem un tombeau du Christ à portée de marche. Le pèlerinage vient à eux.
Le même commanditaire est à l’origine, dans sa seigneurie, d’un second chantier du même ordre, l’église monolithe de Saint-Émilion, plus vaste encore, où l’on retrouve la même ambition de capter un flux de pèlerins.
De 1155 jusqu’à la Révolution, l’édifice a le statut de collégiale séculière : une communauté de chanoines y assure l’office quotidien auprès des reliques.
La galerie haute
L’église mesure environ 27 mètres de long pour 16 de large, et la voûte culmine à près de 20 mètres au-dessus d’une large nef flanquée d’un unique bas-côté. Mais sa singularité tient ailleurs : sur trois côtés court une galerie haute, sorte de triforium desservi par des escaliers eux aussi creusés dans la paroi.
Ce dispositif, exceptionnel dans une église rupestre, permettait de circuler au-dessus de l’assemblée et de dominer le reliquaire, une mise en scène du regard qui devait servir aux jours d’affluence. C’est de là que l’on comprend aujourd’hui le mieux ce qu’a représenté l’enlèvement de plusieurs milliers de mètres cubes de calcaire.
Poudre, tombes et remblais
La Révolution désaffecte l’église et la transforme en salpêtrerie : on récolte sur les parois les efflorescences de nitrate destinées à la poudre. Elle sert ensuite de cimetière paroissial jusqu’en 1865, l’usage funéraire revient donc, mille ans après les sarcophages, puis s’ensable sous les remblais et sort des mémoires.
Le classement au titre des monuments historiques intervient le 3 septembre 1912, mais il faut attendre les campagnes de dégagement entamées à la fin des années 1950 pour que le volume soit rendu à sa lecture d’origine, et pour que la nécropole réapparaisse. Le site accueille aujourd’hui plusieurs dizaines de milliers de visiteurs par an : environ 65 000 en 2014.
Visiter
- Gestionnaire : la commune d’Aubeterre-sur-Dronne, avec l’office de tourisme du Sud-Charente ; visite payante, billetterie sur place.
- Adresse : rue Saint-Jean, 16390 Aubeterre-sur-Dronne (Charente).
- Protection : classée au titre des monuments historiques depuis le 3 septembre 1912. Aubeterre figure parmi les Plus Beaux Villages de France.
- Confort : l’église reste fraîche toute l’année ; prévoir une petite laine et des chaussures stables, le sol étant irrégulier.
- À voir aussi dans le village : l’église Saint-Jacques et son portail roman sculpté, en haut du bourg.
Sources : notice des Monuments historiques (classement du 3 septembre 1912) ; documentation de la commune d’Aubeterre-sur-Dronne et de l’office de tourisme du Sud-Charente ; notice encyclopédique de l’église monolithe d’Aubeterre-sur-Dronne.
Cette visite fait partie du catalogue des visites virtuelles du patrimoine souterrain.