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Visite virtuelle de l’église monolithe de Saint-Émilion

Sous la place principale de Saint-Émilion, il y a un vide de 15 000 mètres cubes. C’est l’église monolithe, la plus vaste église entièrement creusée d’Europe : trois nefs, six travées, onze mètres sous voûte, obtenus non pas en empilant des pierres mais en les enlevant. Au-dessus, un clocher de 53 mètres pèse sur ce plafond, et c’est toute l’histoire récente du monument.

Un tombeau qui rapporte

La tradition fait venir au VIIIe siècle un moine breton nommé Émilion, qui s’installe en ermite dans une cavité naturelle du coteau calcaire et y aménage un oratoire. À sa mort, vers 767, ses disciples creusent un modeste souterrain autour de son tombeau. L’ermitage et la grotte se visitent encore, à quelques dizaines de mètres de l’église.

Tout part de là, et l’affaire est aussi économique que spirituelle. Une vita du saint, dont la plus ancienne version connue date du XIIe siècle, met en avant ses miracles ; il s’agit d’attirer sur une variante secondaire du chemin de Compostelle des pèlerins qui dépenseront sur place. Un tombeau qui fonctionne est une rente.

Encore faut-il pouvoir accueillir la foule. À la fin du XIe et au début du XIIe siècle, le chantier démesuré est lancé sous l’autorité de moines bénédictins, à l’initiative de Pierre de Castillon, vicomte d’Aubeterre, le même seigneur qui a fait creuser, dans sa seigneurie, l’église monolithe d’Aubeterre-sur-Dronne. Une inscription gravée sur le troisième pilier sud, qui rappelle la dédicace à saint Émilion, permet de situer la consécration à cette période.

Quinze mille mètres cubes à retirer

La méthode est celle des chantiers rupestres de Cappadoce, dont les croisés ont rapporté le principe : on attaque par le haut. La voûte est ouverte la première, ce qui dispense entièrement d’étayer, puis l’on descend le sol niveau par niveau. Les piliers qui séparent les nefs ne sont pas montés : ce sont des réserves de roche que les tailleurs s’interdisent d’abattre.

C’est ce qui rend l’exercice redoutable. Un maçon qui se trompe démonte et recommence ; ici, chaque coup de pic est définitif, et un pilier sous-dimensionné ne se rattrape pas. Il a fallu extraire près de 15 000 mètres cubes de calcaire en gardant en tête, du premier au dernier jour, le plan de ce qui devait rester debout.

Le résultat est la plus vaste église monolithe d’Europe : une nef centrale et deux collatéraux de dimensions voisines, sur six travées, la nef centrale s’élevant à onze mètres. Au chœur, des bas-reliefs sculptés dans la masse, dont un groupe d’anges, forment le principal décor conservé. Le reste a disparu en 1793, quand l’église fut convertie en fabrique de salpêtre et ses parois raclées.

Les catacombes et la chapelle de la Trinité

L’église n’est qu’une pièce d’un ensemble souterrain plus large. À l’ouest de la galerie d’accès s’ouvrent les catacombes médiévales : un espace funéraire creusé, coiffé d’une coupole, dont les parois portent des logements de sépulture. On y enterrait au plus près du saint, selon la logique qui gouverne aussi les cryptes et ossuaires médiévaux.

Au-dessus, la chapelle de la Trinité, bâtie celle-là en élévation, complète le circuit. Au XIVe siècle, on perce enfin dans la façade de l’église des baies et un portail gothiques, la seule partie visible depuis la place.

Le clocher qui pèse

Le danger est venu du dessus. Le clocher, dont la base date du XIIe siècle, a été surélevé jusqu’à 53 mètres, avec une flèche du XVIe. Il est planté à la verticale du vide. Ajoutez les vibrations de la circulation d’une ville touristique, et des fissures apparaissent dans le ciel de l’église.

À la fin des années 1990, le World Monuments Fund inscrit le monument sur sa liste des sites en péril. La réponse est massive : renforcement des fondations et des piliers, pose de tirants métalliques tendus en travers du volume. Ils heurtent le regard, et l’on comprend pourquoi ils sont là dès qu’on lève les yeux. Ils tiennent le monument.

Le classement au titre des monuments historiques était intervenu en 1886, et en 1907 pour le clocher. En 1999, la juridiction de Saint-Émilion, le vignoble et son patrimoine bâti, est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO au titre des paysages culturels. On monte aujourd’hui au clocher par près de 200 marches : la ville et ses vignes d’un côté, et de l’autre la conscience de se tenir sur le toit d’une carrière.

Visiter

  • Gestionnaire : office de tourisme de Saint-Émilion, qui détient l’accès aux monuments souterrains.
  • Accès : uniquement en visite guidée, sur réservation. Le circuit associe généralement l’ermitage, la chapelle de la Trinité, les catacombes et l’église monolithe.
  • Adresse : place des Créneaux, 33330 Saint-Émilion (Gironde).
  • Protection : monument historique classé (1886 ; clocher en 1907) ; juridiction de Saint-Émilion inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1999.
  • Confort : 12 à 14 °C sous terre, sol irrégulier, escaliers ; l’ascension du clocher se fait séparément.

Sources : office de tourisme de Saint-Émilion ; notices des Monuments historiques (1886, 1907) ; World Monuments Fund, liste des sites en péril ; UNESCO, juridiction de Saint-Émilion (1999) ; ressource Planet-Terre de l’ENS de Lyon sur l’église monolithe.

Cette visite fait partie du catalogue des visites virtuelles du patrimoine souterrain.

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