Il existe peu d’œuvres d’art dans lesquelles on entre. L’Hélice Terrestre en est une : une sculpture monumentale que Jacques Warminski a creusée puis bâtie entre 1988 et 1993 dans un hameau troglodytique de l’Anjou, et qui se parcourt physiquement, du sous-sol au plein air, comme on traverserait un corps.
Un hameau creusé, puis abandonné
L’Orbière, sur la commune de Saint-Georges-des-Sept-Voies (aujourd’hui Gennes-Val-de-Loire), est un de ces villages troglodytiques de plaine typiques du Saumurois. Ici, on n’habite pas une falaise : on descend dans le plateau. Les habitations s’organisent autour de cours creusées en pleine terre, et les pièces sont taillées dans le tuffeau, ce calcaire tendre du Turonien qui a fourni la pierre des châteaux de la Loire.
Des traces d’occupation y remontent au Moyen Âge. Cinq familles y vivent encore autour de 1940 ; puis le hameau se vide, comme la plupart des sites troglodytiques ruraux, et les caves servent au mieux de remise, au pire de dépotoir.
Jacques Warminski
Né en 1946, formé à l’École des beaux-arts d’Angers puis à l’école Boulle à Paris en architecture intérieure, Jacques Warminski aborde la sculpture par la question de l’espace plutôt que par celle de l’objet. Sa rencontre avec le monde troglodytique lui offre un matériau inhabituel : non pas un bloc à tailler, mais un vide à produire.
Il s’installe à l’Orbière et y engage un chantier de cinq ans. Le principe est celui d’un renversement : ce que l’on retire sous terre, on le restitue en volume au-dessus. La partie souterraine est entièrement creusée dans le tuffeau, un espace continu, sans angle droit, où les parois s’enroulent ; la partie extérieure, coulée en béton, en propose le négatif, une masse pleine que l’on gravit et contourne. Le visiteur passe de l’un à l’autre et éprouve, littéralement, l’inversion du plein et du creux.
Warminski, qui puisait volontiers chez Rabelais, l’autre grand arpenteur de ces pays de Loire, meurt en 1996, trois ans après l’achèvement de l’œuvre. Il n’aura pas eu le temps de mener à bien les prolongements qu’il projetait.
Une œuvre entretenue par une association
Depuis la disparition de l’artiste, le site est porté par l’association Artrodytespace, qui en assure la conservation, l’ouverture au public et la programmation. Un tel objet pose des questions patrimoniales inhabituelles : ni monument historique classique, ni équipement muséal, l’Hélice Terrestre est une œuvre unique dont la matière, un calcaire tendre et gélif d’un côté, un béton des années 1990 de l’autre, demande une surveillance permanente.
L’association organise également des expositions, des résidences et des événements qui prolongent la démarche de Warminski, l’idée étant de maintenir le lieu vivant plutôt que de le figer.
Visiter
- Gestionnaire : association Artrodytespace.
- Adresse : 161 route de l’Orbière, 49350 Gennes-Val-de-Loire (ancienne commune de Saint-Georges-des-Sept-Voies), Maine-et-Loire. Téléphone : 02 41 57 95 92.
- Tarifs indicatifs : environ 6 € adulte, 2 € pour les 5-16 ans, 5 € en groupe.
- Durée : environ une heure.
- Ouverture : saisonnière, week-ends en avril, mai et septembre, ouverture quasi quotidienne en juillet et août. Vérifier le calendrier avant de venir.
- À proximité : les autres sites troglodytiques du Saumurois, dont le village de Rochemenier et les caves cathédrales de Doué-en-Anjou.
Sources : association Artrodytespace, site de l’Hélice Terrestre de l’Orbière ; documentation de Saumur Val de Loire Tourisme et d’Anjou Tourisme.
Cette visite fait partie du catalogue des visites virtuelles du patrimoine souterrain.