Orléans conserve, sous le niveau des rues, deux des plus anciennes cryptes romanes de France. Saint-Aignan et Saint-Avit datent toutes deux du XIe siècle, et toutes deux ont été bâties pour la même raison : abriter les reliques d’un saint et permettre aux pèlerins de les approcher sans troubler l’office célébré au-dessus.
La crypte Saint-Avit
Celle-ci a failli disparaître. Comblée, ses voûtes partiellement effondrées, elle avait été purement et simplement oubliée lorsqu’elle réapparaît par hasard, au milieu du XIXe siècle : des travaux d’agrandissement, en 1852, retombent dessus.
Le plan est celui d’un martyrium accolé à une chapelle, séparés par un mur épais percé d’ouvertures. Ce dispositif n’a rien d’anecdotique : les fenestrelles permettaient aux fidèles de voir et parfois de toucher la châsse sans pénétrer dans l’espace réservé aux clercs. Toute l’architecture des cryptes à reliques de cette époque tient dans ce compromis entre exposition et protection.
Saint Avit, abbé du VIe siècle, y était vénéré. La crypte, protégée au titre des monuments historiques, est aujourd’hui l’un des rares vestiges romans conservés en élévation dans une ville largement reconstruite.
La crypte Saint-Aignan
La crypte de l’ancienne collégiale Saint-Aignan est d’une tout autre ambition. Elle est reconstruite dans le premier tiers du XIe siècle à l’initiative du roi Robert le Pieux, consacrée en 1029, la charpente étant posée en 1031.
Semi-enterrée, elle reprend le plan d’une véritable église souterraine : une grande salle en hémicycle, un déambulatoire qui en fait le tour et desservait cinq chapelles rayonnantes, une seule subsiste, et, à l’ouest, un martyrium abritant les reliques de saint Aignan, l’évêque qui défendit Orléans contre Attila en 451. Les pèlerins apercevaient la châsse par des ouvertures ménagées dans le mur.
Son intérêt majeur tient à ses chapiteaux : sculptés et encore polychromes, ils comptent parmi les plus anciens ensembles de ce type conservés en France. Pour l’histoire de la sculpture romane, ce sous-sol orléanais est un jalon.
Être enterré au plus près
Une crypte n’est jamais seulement un reliquaire. Autour du corps saint, on a voulu être enterré, ad sanctos, au plus près des reliques, dans l’espoir d’une meilleure résurrection. Les sépultures s’accumulent donc au fil des siècles dans et autour de ces espaces, jusqu’à saturation ; c’est cette pression qui, bien plus tard, obligera la ville à vider ses cimetières dans son sous-sol.
Orléans en conserve l’aboutissement le plus spectaculaire, dans une ancienne carrière transformée en fosse commune : voir notre article sur l’ossuaire souterrain d’Orléans. Sur la logique générale, voir aussi les cryptes et ossuaires d’Europe.
Visiter
- Gestionnaire : les cryptes sont ouvertes dans le cadre des visites guidées de l’office de tourisme d’Orléans Métropole et du service Ville d’art et d’histoire de la mairie d’Orléans.
- Accès : sur réservation, en visite accompagnée. La crypte Saint-Aignan se trouve rue Neuve-Saint-Aignan, la crypte Saint-Avit rue Saint-Avit, à Orléans (Loiret).
- Période : les ouvertures sont limitées ; les Journées européennes du patrimoine, en septembre, sont l’occasion la plus sûre de les voir.
- À voir aussi : le sous-sol archéologique de la cathédrale Sainte-Croix, où les fouilles de 1937 ont dégagé les vestiges des cathédrales antérieures.
Sources : office de tourisme d’Orléans Métropole ; service Ville d’art et d’histoire de la ville d’Orléans ; notices des Monuments historiques (crypte Saint-Avit, PA00098841) ; Bulletin monumental, études sur la crypte de Saint-Aignan d’Orléans.
Cette visite fait partie du catalogue des visites virtuelles du patrimoine souterrain.