Sous la colline Rodin, à Meudon, s’étendent près de huit kilomètres de galeries taillées dans la craie, réparties sur trois niveaux, avec des voûtes qui montent jusqu’à dix mètres. Ce sont les carrières Arnaudet : un site protégé depuis 1986, longtemps oublié, et aujourd’hui au centre d’un conflit sur son comblement partiel.
La craie et le blanc de Meudon
Le coteau de Meudon expose une épaisse série de craie du Crétacé supérieur, surmontée de marnes. Cette craie a deux débouchés. Mélangée à l’argile et cuite, elle donne des chaux et des ciments. Broyée, lavée et décantée, elle fournit une charge minérale d’une grande blancheur, le blanc de Meudon, dont le nom a fait le tour du monde : on le retrouve dans les peintures, les mastics de vitrier, les produits d’entretien et jusque dans les cosmétiques.
L’exploitation souterraine commence au XVIIIe siècle de manière artisanale, puis s’industrialise au début du XIXe. Elle cesse en 1925. Deux configurations coexistent dans le réseau : des chambres d’une dizaine de mètres de diamètre pour trois à quatre mètres de hauteur, héritées de la première phase, et une grille de galeries hautes, environ dix mètres sous voûte pour trois mètres de large, issues de l’exploitation industrielle. Ce sont ces dernières, avec leurs berceaux et leurs arcs brisés, qui ont valu au lieu sa réputation de cathédrale souterraine.
Champignons, abris, fossiles et tournages
Comme partout en région parisienne, le vide laissé par l’extraction trouve immédiatement preneur. Les champignonnières s’installent dans les galeries et y produisent jusqu’en 1973 : température constante, obscurité, hygrométrie élevée, la carrière est une serre inversée.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, une partie du réseau est aménagée en abris de la défense passive, notamment sous une ancienne usine Renault. Ailleurs, la craie de Meudon a livré aux paléontologues et aux archéologues un matériel considérable, et le site a servi de décor à des tournages, de salle de concert et d’atelier pour des projets artistiques et musicaux.
Un phénomène karstique développé dans la craie alimente par ailleurs, depuis 2004, un captage utilisé pour l’arrosage, preuve que le souterrain continue de rendre des services très concrets.
Un site protégé et menacé
L’ensemble des galeries est protégé au titre de la loi de 1930 sur les sites, par un arrêté du 7 mars 1986 qui les classe comme site scientifique et artistique. C’est une protection rare pour une carrière souterraine, et elle dit assez ce que représente ce réseau.
Mais la craie fatiguée pose un problème de stabilité. Une étude de l’INERIS conduite en 2017 a documenté le risque d’effondrement, un risque que la région connaît bien : le 1er juin 1961, l’effondrement d’anciennes carrières de craie à Clamart, tout près, avait fait 21 morts. En 2022, l’autorisation a été donnée de combler environ 45 % du réseau avec des déblais issus des chantiers du Grand Paris.
Le projet a soulevé une opposition organisée : scientifiques, spéléologues, riverains et associations de défense du patrimoine, notamment Sites & Monuments et Patrimoine-Environnement, contestent à la fois la méthode retenue et le caractère irréversible de la perte. Le débat oppose deux exigences légitimes, la sécurité des personnes en surface et la conservation d’un site classé. Les panoramas ci-dessus documentent un état des lieux qui, pour partie, n’existera plus.
Voir le site
- Statut : propriété partiellement communale, site classé au titre de la loi de 1930 (arrêté du 7 mars 1986). Les carrières ne sont pas ouvertes à la visite libre : l’accès est interdit et dangereux.
- Ouvertures ponctuelles : des visites encadrées ont été organisées à l’occasion des Journées européennes du patrimoine ou par des associations locales ; se renseigner auprès de la ville de Meudon.
- En surface : la villa des Brillants, musée Rodin de Meudon, et la tombe d’Auguste Rodin se trouvent au-dessus du réseau.
Sources : ville de Meudon, dossier « Carrière Arnaudet » ; arrêté de classement au titre des sites du 7 mars 1986 ; étude INERIS (2017) ; Sites & Monuments et Fédération Patrimoine-Environnement ; notice encyclopédique sur les carrières de Meudon.
Cette visite fait partie du catalogue des visites virtuelles du patrimoine souterrain.