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Visite virtuelle de la mine de charbon de Nowa Ruda

Au pied des monts des Chouettes, en Basse-Silésie, la mine de Nowa Ruda a longtemps porté une réputation sinistre : celle du charbon le plus dangereux d’Europe. Non pas à cause du grisou, comme dans la plupart des bassins houillers, mais à cause du dioxyde de carbone, un gaz inodore, incolore, comprimé dans la roche, et qui pouvait faire exploser un front de taille sans le moindre avertissement. La mine a fermé en 1995 ; le parcours souterrain qu’on visite aujourd’hui suit ses galeries d’origine.

Six siècles de charbon silésien

L’extraction du charbon est attestée à Nowa Ruda dès 1434, ce qui en fait l’un des plus anciens gisements exploités de l’actuelle Pologne. Pendant des siècles, il ne s’agit que d’un grattage de surface, au droit des affleurements. La mine moderne naît en 1741 sous le nom de Ruben ; l’exploitation industrielle démarre vers 1781.

Le bassin de Basse-Silésie constitue alors, avec la Haute-Silésie et le bassin de Lublin, le troisième pôle charbonnier du pays. Autour de Wałbrzych et de Nowa Ruda, les couches sont minces, très inclinées, hachées de failles : chaque tonne se paie plus cher qu’ailleurs. En 1877, on découvre en outre des schistes réfractaires, exploités en parallèle du charbon.

L’ensemble se structure en trois champs miniers, Piast, Lech et Słupiec, reliés en profondeur. La mine passe de l’Allemagne à la Pologne en 1945, poursuit son activité pendant toute la période socialiste, puis ferme en 1995 dans le mouvement général de restructuration du charbon polonais. Le champ de Słupiec tiendra jusqu’en 2000.

Le gaz qui fait exploser la roche

La particularité de Nowa Ruda tient à un phénomène rare et brutal : le dégagement instantané de gaz et de roches. Sous pression dans les pores du charbon, le dioxyde de carbone attend qu’un coup de pic ou un tir de mine ouvre une brèche ; la détente projette alors plusieurs milliers de tonnes de matériau dans la galerie et sature l’air d’un gaz asphyxiant que rien ne signale, ni odeur, ni flamme, ni bruit annonciateur. Entre 1908 et 1945, la mine en a enregistré 596.

Le 10 mai 1941, au cinquième niveau du champ Piast, une équipe perce un travers-banc vers la couche « Franciszek ». Le dégagement qui s’ensuit projette plus de 4 000 tonnes de charbon et tue 187 mineurs, parmi lesquels deux prisonniers de guerre britanniques, la mine se trouvait alors en territoire allemand. C’est la plus grave catastrophe de l’histoire minière de la région.

La réponse fut structurelle : le champ Piast a été coupé en deux par des barrages étanches, séparant un secteur nord exposé aux dégagements d’un secteur sud réputé sûr. C’est dans cette partie assainie que passe aujourd’hui le parcours touristique.

D’une fermeture à un musée

L’idée du musée revient à Czesław Lis, ingénieur de la mine, qui la formule dès 1992, avant même l’arrêt de l’exploitation. Le musée des Mines et son parcours souterrain, la Podziemna Trasa Turystyczna, ouvrent en 1996. L’établissement est privé, une singularité dans un pays où le patrimoine minier est le plus souvent public.

La visite commence par une descente en cage dans le puits, se poursuit sur environ 700 mètres de galeries horizontales du travers-banc Lech, dans l’ancien champ Piast, et s’achève par un trajet d’à peu près 200 mètres à bord d’un petit train minier électrique de 36 places, sur une voie de 430 millimètres d’écartement. On y croise une haveuse, un convoyeur blindé, les différents types de soutènement, bois, cadres métalliques coulissants, boulonnage, et une locomotive Jung de 1963.

En surface, quatre salles d’exposition rassemblent les outils, les lampes, les appareils respiratoires de sauvetage, les explosifs et les maquettes des installations. La collection insiste beaucoup sur la sécurité : dans une mine à dégagements instantanés, la survie tenait à la discipline et au matériel.

Visiter

  • Gestionnaire : Dawna Kopalnia — Podziemna Trasa Turystyczna, musée privé, à Nowa Ruda (voïvodie de Basse-Silésie, Pologne).
  • Parcours : environ 700 m de galeries, descente en cage et retour en train minier.
  • Confort : température fraîche et constante, casque et vêtement chaud recommandés ; parcours peu adapté aux personnes à mobilité réduite.
  • À proximité : le bassin de Wałbrzych et sa Stara Kopalnia, autre grand site de mémoire du charbon silésien.

Les horaires et les tarifs évoluant d’une saison à l’autre, mieux vaut les vérifier auprès du musée avant de se déplacer.

Sources : Muzeum Górnictwa w Nowej Rudzie ; Przegląd Górniczy, « Katastrofalny wyrzut gazów i skał w kopalni Ruben, 10.05.1941 » (t. 73, n° 4, 2017) ; documentation du site Dawna Kopalnia Nowa Ruda.

Cette visite fait partie du catalogue des visites virtuelles du patrimoine souterrain.

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